« Vous avez dit vocation ? »

« Vous avez dit vocation ? » C’est pour répondre à cette question que les deux classes du D.U OPEN (Orientation Projet ENgagement) de l’IFF Europe se sont retrouvées pour une journée entière, jeudi 12 mars 2020, pour écouter le parcours singulier de six aînés venus exprès leur partager leur itinéraire et leur vocation professionnelle.

« Vous avez dit vocation ? »C’est unanimes que les élèves de deux promotions 2019-2020 OPEN ont remercié les six intervenants de la journée consacrée à la vocation humaine et professionnelle. « On retrouve dans le vécu de ceux qui ont témoigné, des choses que l’on ressent nous-mêmes », nous disait ainsi Paul, élève, à l’issue de la matinée. « Chaque témoignage nous a permis de prendre conscience qu’il y a toujours moyen de rebondir et que l’orientation n’est pas une fatalité. Ça rend la vie plus humaine ! », concluait l’étudiant.

« L’important est de faire un petit pas et d’avancer »

A l’instar de leur camarade, chacun a pu exprimer en fin d’après-midi ce qu’il avait retenu de la journée. « On a pu voir que, se tromper, ce n’est pas forcément un échec », disait l’un. Une autre en tirait la conclusion suivante : « L’important est de faire un petit pas et d’avancer ». A côté, un élève reconnaissait qu’il « n’attendait pas grand-chose de cette journée mais qu’ [il était] très surpris de la richesse des témoignages et des échanges avec les intervenants ».

Beaucoup se sont dit « rassurés », donc, et même « réconfortés » par rapport à leurs « tâtonnements »: « C’est même d’autant plus rassurant, reconnaissait un des « auditeurs », qu’aujourd’hui, la société nous met beaucoup de pression pour trouver tout de suite notre voie et réussir notre vie professionnelle ». Parmi la trentaine d’élèves présents dans la salle, un résumait sans doute la situation des jeunes d’aujourd’hui : « Quand on réfléchit à une voie dans laquelle s’engager, on appréhende souvent de ne plus pouvoir faire autre chose par la suite et de rester enfermé dedans. C’est donc rassurant de vous écouter et de voir qu’un engagement – même petit – n’empêche pas de prendre d’autres chemins par la suite ». Une seule critique, légère, fut émise par un étudiant qui « aurait voulu entendre d’avantage d’échecs, parce que, soulignait-il, tous les choix ne débouchent pas forcément sur des réussites ».

Pour Yves-Marie Teynié, responsable pédagogique d’une des deux promos d’OPEN, le but de la journée n’était pas de proposer des trajectoires parfaites et linéaires, sans aspérités, mais de permettre aux élèves de « prendre conscience qu’un parcours de vie peut se construire tout au long de la vie et dans la durée ».

« La vocation, ce n’est pas forcément une destination finale avec une grande lumière. C’est plutôt un appel à vivre. Et à vivre vraiment, c’est-à-dire debout »

C’est ainsi que toute la matinée, six intervenants se sont succédés devant les élèves livrant à la fois leurs difficultés et leurs joies dans la poursuite de leur vie professionnelle.

« Vous avez dit vocation ? »Marie-Laure Demaegdt, aujourd’hui réflexologue et infirmière, après avoir d’abord travaillé dans la gestion de projets, en entreprises et en associations, n’a pas caché les difficultés qu’elle a rencontrées au cours de sa carrière et qui l’ont poussée à une reconversion vers la santé : « La vocation, ce n’est pas forcément une destination finale avec une grande lumière. C’est plutôt un appel à vivre. Et à vivre vraiment, c’est-à-dire debout » a-t-elle insisté. Cette mère de famille, victime de surmenage et d’épuisement à certains moments de sa vie professionnelle, affirmait, face au parterre d’étudiants de l’IFF Europe : « J’ai appris qu’il faut accepter d’être vulnérable mais aussi que l’on peut compter sur des gens bienveillants pour travailler ces vulnérabilités et vivre avec ». Regardant avec le recul ses différentes expériences professionnelles passées, elle a pu livrer cette image : « Je m’aperçois aujourd’hui que je ne suis pas un seul tronc mais un arbre à plusieurs branches », (sous-entendez qu’une personne a autant de ramifications professionnelles possibles que de talents et d’envies).

C’est avec la même métaphore végétale que Marianne de Boisredon, aujourd’hui responsable de Fondacio en France, a insisté sur les racines solides que chacun devait avoir pour vivre sa vie. Cette mère de six enfants s’est enracinée lors de son « année magnifique » au CIRFA (ancêtre de l’IFF Europe) à la fin des années 1980.

Un jeune entrepreneur était également présent parmi les intervenants : Adrien Bischoff, fondateur de la marque « Josette et Tic ». Cet ancien « cancre », qui ne dépassait pas 5/20 de moyenne en Terminale, a raconté son parcours chez les pompiers professionnels au sein du GRIMP (Groupement de Recherche et d’Intervention en Milieux Périlleux), le nec plus ultra des pompiers. Le soldat du feu aimait alors son métier mais comme beaucoup, il arriva un moment où il eut « envie d’autre chose ». Après un bilan de compétences, il finit par s’orienter vers des études de commerce et découvre une entreprise californienne qui reverse une partie de son chiffre d’affaires au service de cause juste (« ce qui était une révolution… »). « J’ai donc voulu faire la même chose et me suis lancé, en parallèle de mon job de consultant, dans la création de la marque de chaussettes Josette et Tic dont les ventes permettent de financer des programmes d’éducation par des ONG reconnues. »

« Multiplier les rencontres et de savoir traverser ses peurs »

Eric Mercier, lui, avait un rêve lorsqu’il était enfant : devenir magicien, « comme Mandrake le magicien ». « Je me rends compte aujourd’hui que ce sont des rencontres avec des gens biens qui m’ont aidé à trouver ma voie », relevait cet intervenant devant les deux classes d’OPEN. Ce quinquagénaire est désormais coach professionnel après avoir travaillé dans l’ingénierie informatique. Aujourd’hui et alors qu’Eric Mercier a encore « plein de projets et de rêves », il préconise à son jeune public d’ « être à l’écoute de ses envies, de multiplier les rencontres et de savoir traverser ses peurs ». Sans oublier qu’à ses yeux, et en regardant dans le rétroviseur sa vie passée, « un choix par défaut peut être un vrai choix s’il conduit plus tard à un choix positif de la volonté » et qu’ « il ne faut pas se laisser arrêter par les gens qui [nous] freinent ».

Pascal Mueller-Jourdan a lui-même pu raconter son parcours peu ordinaire : ancien électronicien suisse, c’est « grâce à [sa] volonté tenace de vivre en comprenant le sens métaphysique des choses » qu’il a pu devenir professeur de philosophie. Alors qu’il enseigne maintenant à l’Université catholique de l’Ouest, à Angers, ce père famille a expliqué que son « opportunisme [l]’avait conduit à un itinéraire de tortue en prenant souvent des trajectoires de biais faits de petits déplacements d’un côté et de l’autre ». De quoi rassurer encore l’auditoire d’autant que, pour l’enseignant, « c’est un premier engagement – même modeste – mais que l’on pose, qui pourra permettre d’avancer et d’en faire de plus grands après ». Pour le professeur suisse et angevin, « quand on s’engage dans une direction, rien n’empêche de bifurquer après ; un choix, un engagement, en appelle d’autres ».

La matinée de témoignages s’est terminée par celui d’Hugues de Tailly, l’initiateur de cette journée. Bien qu’ayant « toujours détesté l’école », le désormais chef d’entreprise raconta comment son service militaire chez les paras lui avait permis de se révéler avant qu’il ne mène une carrière en entreprise comme commercial puis directeur commercial. Alternant creux et rebondissements professionnels, il est aujourd’hui à la tête de la structure Imense (non, non, il n’y a pas de faute d’orthographe) qui regroupe plusieurs entreprises. Le multi-entrepreneur n’a pas caché les difficultés derrière l’apparence de la réussite sociale et professionnelle.

« Vous avez dit vocation ? »L’après-midi a permis à tous les étudiants, réunis en petits groupes, de rencontrer ensuite chaque intervenant à tour de rôle. Une journée utile, donc, et riche, autant pour les élèves que pour ceux qui ont témoigné de leurs parcours. Finalement, on pourrait conclure cet article en reprenant le titre d’un des livres du Père Stan Rougier : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes ».