« L’IFF Europe continue d’être ma référence. »

Que deviennent-ils ? La parole aux anciens.

Sophie de Lépinay a été étudiante à OPEN en 2003-2004. Seize ans plus tard, elle est professeur des écoles. Mêlant souvenirs et témoignage personnel, elle raconte son parcours post IFF Europe. Interview.

En quelle année as-tu été à l’IFF Europe et qu’est-ce que ça t’a apporté sur le plan humain, intellectuel ou professionnel, voire spirituel ?

« L’IFF Europe continue d’être référence. »
Sophie, étudiante à OPEN en 2003-2004, est aujourd’hui enseignante.

J’ai fait OPEN, au CIRFA (l’ancêtre de l’IFF Europe, NDLR), en 2003-2004. C’était l’année de lancement du D.U. (bac+3) « Conception et conduite de projet dans le champ de l’action interculturelle et humanitaire », ce qui a eu pour effet de répartir les étudiants entre les différents programmes de l’école. Du coup, pour OPEN, nous n’étions que six dans ma promo. Autant dire une fratrie, qui m’est précieuse encore aujourd’hui ! Je sortais d’un lycée élitiste non mixte et d’une année de médecine à Paris. Durant ma première année de médecine, je voyais mon frère qui était à OPEN revenir les week-ends avec nous de plus en plus épanoui et confiant et je voulais vivre la même chose. Ça n’a pas été facile de convaincre mes parents parce que j’avais des facilités pour les études et ils n’en voyaient pas la nécessité pour moi.

 Tu as quand même pu rejoindre OPEN, finalement ?

Oui, et j’ai adoré la diversité des approches (comme les sessions « Art bourru[1] » ou « Oser vivre »), qui m’a fait réaliser que je m’étais principalement développée sur des plans intellectuels ou académiques mais que j’avais de vraies lacunes en termes de développement humain et de connaissance de moi. J’ai réalisé que je m’étais beaucoup construite et développée par rapport au regard des autres (ma famille, mes profs) et que je ne m’étais pas autorisée à me demander quelles étaient mes propres valeurs et ce que je voulais faire de ma vie.

Apparemment, ton année OPEN t’a plu…

C’est peu dire… J’ai apprécié que toutes les dimensions de la vie soient présentes, y compris la vie en colocation (nous étions accompagnés par un formateur). Et j’ai particulièrement apprécié la rencontre avec des adultes qui assumaient leurs doutes, leurs errances, leurs questions… bref qui étaient en vie !!

As-tu un souvenir particulier ou une anecdote de ton année à l’IFF Europe à nous raconter ?

Le jour de la rentrée : Pierre Grolleau (un formateur inoubliable !) me confie la « Cirfamobile » pour aller chercher les nouveaux camarades à la gare. Et dans le parking, dans la joie et l’excitation du moment, j’emplafonne la camionnette dans la voiture devant. Pierre me reçoit penaude avec un éclat de rire ; l’année était lancée !

« Prendre conscience qu’il n’y a pas de petite réalisation ni de petite responsabilité ; si je suis au rendez-vous de mes appels/aspirations, je suis au bon endroit ! Prendre les moyens de régulièrement se reconnecter à ce qui nous tient aux tripes… »

Qu’as-tu fait après l’IFF Europe et que fais-tu maintenant ?

J’ai réalisé à OPEN que je voulais agir pour que les enfants, quel que soit leur profil, se sentent bien à l’école. J’ai mis le mot « psychopédagogue » sur cette vocation. C’est un métier qui n’existe pas en France, du moins pas sous cette appellation. Je brûlais aussi d’envie de permettre à tous les enfants de mieux se connaître et s’orienter, notamment grâce aux outils que j’avais pu expérimenter à OPEN. J’ai commencé mes études par une licence de psychologie (à Angers, ville de cœur désormais), puis un master en sciences de l’éducation en faisant tout mon M2 au Québec, en stage à mi-temps avec une orthopédagogue. J’ai adoré l’ensemble : les contenus, les modalités. J’ai passé ensuite le concours de professeur des écoles en candidate libre et je me suis spécialisée cinq ans plus tard pour ne travailler qu’avec des élèves en difficulté d’apprentissage, en petit groupe. Aujourd’hui, j’aime prendre soin des élèves et des enseignants dans les écoles, mais je suis affectée sur plusieurs écoles et suis donc un peu dispersée. Je continue de me former (je suis en train de devenir formatrice de professeurs). Je suis très sensible aux mouvements qui appellent à intégrer les émotions et les relations dans les apprentissages…

Quels conseils pourrais-tu donner aux étudiants de l’IFF Europe pour trouver leur voie, prendre leur envol, devenir des acteurs du monde à venir ?

S’engager pleinement dans l’année OPEN : certains la prennent comme une année sabbatique et survolent les sessions. Si on se jette dedans, les fruits seront à la hauteur ! Profiter des rencontres, aussi, des relations, goûter la confiance et l’espérance qui se vivent au quotidien et naturellement pendant cette année. Prendre conscience qu’il n’y a pas de petite réalisation ni de petite responsabilité ; si je suis au rendez-vous de mes appels/aspirations, je suis au bon endroit ! Prendre les moyens de régulièrement se reconnecter à ce qui nous tient aux tripes…

… Tu parles en expérience de cause ?

Oui, car en ce qui me concerne, l’Education Nationale m’offre aujourd’hui trop peu de marges d’initiative. Je me sens trop peu écoutée, concertée, entendue. Je vis donc un tiraillement entre l’envie de monter ma propre école ou d’en rejoindre une qui partage mes valeurs, et celle de continuer à travailler pour tous les enfants, quels que soient les revenus de leur famille. L’IFF Europe continue d’être ma référence en termes de pédagogie et de rendez-vous avec les enjeux de société (écologie intégrale, notamment). Et je bénéficie encore, et souvent, de mon année OPEN grâce à laquelle je n’ai pas peur de me remettre en question et de peaufiner mon orientation toute ma vie !

[1] Session durant laquelle les étudiants d’OPEN utilisent plusieurs supports artistiques ; le but n’est pas de faire du beau ou du conforme mais de s’exprimer, puis d’analyser ce que le résultat artistique évoque de leur personnalité et de leurs aspirations (le processus et le résultat).