La parole aux anciens : Timothée Deleplanque, promo 2010-2011

Ancien étudiant du D.U (bac +3) Conduite de projet humanitaire, Timothée Deleplanque était inscrit à l’IFF Europe il y a dix ans. Qu’est-il devenu ? Que fait-il ? Quels sont ses conseils aux étudiants actuels de notre école ? Interview.

parole aux anciens : Timothée Deleplanque, promo 20102011
Timothee Deleplanque (promo 2010-2011)

Quel est ton meilleur souvenir de ton passage à l’IFF Europe ? 

En y réfléchissant, une multitude de souvenirs me reviennent mais tous ont un point commun : les rencontres de tous types, universitaires, professionnelles, et bien sûr amicales ! De fortes amitiés se sont liées cette année-là. J’y ai d’ailleurs rencontré ma femme.

Mais n’y a-t-il pas quand même un souvenir plus prégnant que les autres ?

Si : mes premières heures à l’IFF Europe. Dès le début on nous a demandé de nous présenter sous la forme d’un blason qui devait être, en quelque sorte, notre « ADN », avec ce qui nous a construit, ce qui compte pour nous, et qui nous sommes. Il fallait ensuite le présenter à l’ensemble de la classe que je ne connaissais pas encore ! What ?  Attendez, moi je viens pour me former à l’humanitaire, pas pour faire des dessins ni me dévoiler comme ça aux autres ! Un étudiant téméraire (un autre que moi) s’est lancé ; j’ai tout de suite compris que cette année allait être une année de formation différente de ce que j’avais connu jusqu’à maintenant. Année parfois déroutante, questionnante, fatigante, mais très souvent passionnante. Année où le groupe a pris une place centrale. J’y ai beaucoup appris sur moi-même grâce aux autres.

Qu’as-tu fait après l’IFF Europe ?

Après mon D.U CPH, j’ai souhaité continuer mes études, ce qui n’était absolument pas prévu en début d’année. Mon année à l’IFF Europe m’a donné davantage confiance en moi. J’ai donc fait un Master « Action Educative Internationale, Médiation Sociale et Ouverture Interculturelle » à l’ISFEC La Salle Mounier (un Institut rattaché à l’Institut Catholique de Paris). Ce Master était vraiment la continuité de ce que j’avais vécu et découvert à l’IFF Europe.

Et que fais-tu aujourd’hui ?

Depuis maintenant cinq ans,  je travaille  avec l’association de l’Abri de la Providence, à Angers, auprès des Mineurs non accompagnés. J’ai beaucoup de chance de travailler avec ce public. J’accompagne aujourd’hui 25 jeunes entre  14 et 18 ans. Ces jeunes sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance du fait de leur minorité et de leur isolement sur le sol français. Le département a missionné notre association pour les accompagner.

Ça doit être une belle expérience…

Je suis toujours impressionné par ces jeunes qui, malgré leur passé parfois extrêmement douloureux, sont là présents devant moi, debout, avec une soif d’avancer et une envie de se construire qui résistent à beaucoup d’épreuves. La plupart d’entre eux ne sont guère ménagés par nos institutions. On dit que le sujet des migrants est politique. C’est vrai, je le constate chaque jour. Mais pour moi c’est d’abord une question d’humanité.

Que fais-tu pour eux ou avec eux ? Et que tires-tu de ta mission ?

J’accompagne ces jeunes de manière globale (logement, santé, scolarité, insertion sociale…). Ils sont pour la plupart logés en autonomie dans la ville d’Angers et en colocation. Ils sont de culture et de pays différents, ils n’ont pas la même langue, et malgré cela beaucoup arrivent à vivre ensemble. Je trouve cela inspirant ! J’accompagne surtout leur énergie et les aide à réaliser leurs projets. J’ai accompagné certains pendant plus de quatre ans avec des parcours de réussite incroyables ; parfois aussi avec des fins d’accompagnement beaucoup plus difficiles. Ces jeunes m’ont appris à être extrêmement humble dans mon travail et sur ce que je pouvais leurs apporter.

Avec la pandémie du coronavirus, ton travail doit être encore plus difficile ?

Le confinement n’est pas facile pour les jeunes, ils sont davantage isolés. Ils en comprennent les enjeux et ont très peur du virus. Certains ne sont sortis que deux fois depuis le début. Beaucoup ont peur pour leurs familles et leurs amis restés au pays. Au niveau de la scolarité, qui est un énorme enjeu pour eux, cela est compliqué. Le suivi pédagogique est difficile car ils n’ont bien souvent pas les outils numériques. Lorsque les cours sont télétransmis, il leur est bien souvent difficile de comprendre les énoncés et de les suivre sans avoir eu d’explications. Notre service tourne toujours pour les 450 jeunes que nous accompagnons mais les rencontres et les visites en appartement sont limitées. Je passe donc beaucoup de temps au téléphone avec eux.

Quels conseils pourrais-tu donner aux étudiants de l’IFF Europe qui, affectés par le confinement et incertains sur l’avenir, doutent ?

Le confinement est pesant pour tous, beaucoup de nos projets sont mis en attente ou tombent à l’eau mais j’y vois également du positif. Nous avons plus de temps, nous courons moins. Personnellement, le confinement me force à me recentrer sur ce qui compte vraiment pour moi. J’ai remarqué que les gens qui m’inspirent et que j’admire ont tous en point commun d’avoir osé poser des choix et d’être habités par ce qu’ils font. Ils sont souvent pris pour des utopistes et des fous. J’imagine que comme tous ils sont empreints aux doutes, aux peurs. Mais ils y sont allés, ils se sont lancés et bien souvent se sont des gens heureux. Alors je pourrais simplement dire aux étudiants : « Ayez confiance en vous !  Ecoutez-vous !  Et lancez-vous ! »