« J’étais parti pour être ébranlé dans mes valeurs. J’ai été servi ! »

Romain, un de nos étudiants du D.U (bac + 3) Conduite de Projet humanitaire (CPH) a passé un mois et demi à Madagascar, auprès des enfants des rues d’Antsirabe, la troisième ville du pays. Qu’a-t-il tiré de cette expérience solidaire ? Témoignage.

« J’ai fait mon stage d’étude au sein de l’association Grandir à Antsirabe , partenaire de la fédération Grandira qui lutte contre la vulnérabilité des enfants. Sur place, ma mission principale était d’épauler les éducateurs autochtones en soirée et, une à deux nuits par semaine, dans l’hébergement d’urgence et temporaire des enfants des rues d’Antsirabe. Chaque jour, quand le soleil commençait à se coucher, les enfants arrivaient : on les accueillait, on s’occupait de leur hygiène, puis on leur proposait des activités (alphabétisation, activités ludiques, etc.). Des éducateurs malgaches m’aidaient pour que je sois compris des enfants. J’ai pu également participer aux activités de jour de l’association : par exemple « bibliopousse », un pousse-pousse doté d’une petite bibliothèque ambulante avec lequel on se rendait dans différents quartiers défavorisés d’Antsirabe pour lire des contes aux enfants. On leur enseignait l’hygiène, les règles de vie ou des chorégraphies. Derrière toutes ces activités, l’idée était de mettre en confiance les enfants pour qu’ils n’aient pas peur de nous et connaissent le centre d’accueil. Lors des maraudes, la nuit, dans les quartiers pauvres de la ville, notre présence et notre visibilité étaient importantes pour maintenir les liens avec eux. J’ai été confronté à la très grande pauvreté, la misère était partout.                                                                                                                  

Finalement, l’expérience a été très positive malgré les difficultés rencontrées (en particulier la barrière de la langue qui ne me permettait pas de pouvoir parler facilement avec les enfants). J’étais parti pour être ébranlé dans mes valeurs. J’ai été servi : voir dans quelle misère vivaient ces enfants des rues a été un choc, surtout la nuit. L’équipe éducative locale était courageuse mais elle semblait parfois accepter le statu quo et la misère sans vouloir prendre à bras le corps les problèmes. Ils sont tellement habitués aux situations difficiles, qu’ils ont parfois du mal à vouloir trouver les moyens de s’en extirper : à certains moments, je rongeais donc mon frein. J’ai quand même pu, à plusieurs reprises, prendre des initiatives qui ont permis d’améliorer un peu les choses. Par exemple, quand je suis arrivé, les éducateurs malgaches ne faisaient jamais de réunion avant l’arrivée des enfants au centre pour un brief ou un débriefing de la veille : on n’avait aucun retour sur ce qui s’était passé la soirée précédente au centre. J’ai proposé qu’on installe ce temps de discussion avant que les enfants n’arrivent et une fois mis en place, ce moment a porté des fruits. Ça a permis de voir chaque jour ce qui était à améliorer ou, au contraire, ce qui était bien. Autre chose très positive à mes yeux : alors que c’était la première fois de ma vie que je vivais dans un pays aussi différent de la France, j’ai pris conscience que je pouvais m’adapter à un environnement complètement nouveau : la rue, les gens, la langue, la manière de travailler, etc. J’ai même pu m’adonner à l’une de mes passions en peignant une fresque sur un mur. Voir les enfants s’approprier le dessin a été une belle réussite pour moi. »