Edito n°2 (Lettre d’infos de mars 2020)

« Derrière l’intense labeur pour rentrer dans ce nouveau tempo, il n’en demeure pas moins un enjeu fondamental : être présent à ce qui se passe, accueillir ce qui est. »

J’ai eu la chance, il y a un an, de rencontrer Philippe, un jeune retraité, qui prenait le temps pour « accueillir » la nouvelle étape de sa vie. Dans sa recherche, il est venu me rencontrer. Un moment lumineux…

Une seule rencontre, et chacun est retourné à sa vie. Et voilà que depuis que le confinement a commencé, je reçois chaque matin un courrier de Philippe. Quelques extraits littéraires et poèmes bien choisis, une invitation à donner sens à ces jours. Philippe a le temps et le cœur pour cela. Et moi, comme beaucoup, je suis bien occupée entre le télétravail (il faut bien adapter toute notre organisation pour assurer la formation des étudiants et la pérennité des activités), et la vie familiale. Je suis heureuse de recevoir ces perles choisies avec soin chaque jour, elles viennent m’inviter à l’arrêt, au silence, à l’écoute.

En voici un extrait : « L’expérience de Marcel Proust ne peut-elle pas nous accompagner et nous aider dans le temps que nous expérimentons ? Dans la préface de son recueil « Les plaisirs et les jours », Proust se confiait : « Quand j’étais enfant, le sort d’aucun personnage de l’Histoire Sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours, je dus rester dans “l’arche”. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre. » Ne sommes-nous pas dans la chambre de Marcel Proust ? »

Chacun de nous est ainsi bousculé dans son rythme. Derrière l’intense labeur pour rentrer dans ce nouveau tempo, il n’en demeure pas moins un enjeu fondamental : être présent à ce qui se passe, accueillir ce qui est. Mettre notre cœur et notre intelligence en résonnance avec l’inédit qui déplace nos repères personnels et collectifs. Mobiliser nos ressources internes et externes. Nous laisser transformer par l’épreuve collective que nous vivons.

Puisse cette nouvelle lettre d’info et l’aperçu qu’elle donne du mois de mars à l’IFF Europe, vous trouver sereins dans cette période inédite.

Bonne lecture !

Agnès Teynié, directrice